
Tom Bonicelli incarne une génération européenne, mobile et engagée. Étudiant en droit et en politiques publiques, il souhaite mettre son parcours international et son expérience de vie à l’étranger au service des Français établis au Luxembourg.
Bonjour Tom, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Je suis originaire du sud de la France, où j’ai passé ma petite enfance, avant de déménager en Allemagne pendant une dizaine d’années, entre Düsseldorf et la Basse-Saxe, pour terminer mon collège et mon lycée. Aujourd’hui, j’ai la chance de vivre à Bertrange depuis trois ans. En parallèle, je suis étudiant en double diplôme à Panthéon-Sorbonne en droit et à Sciences Po Strasbourg, avec une spécialité en droit et politiques publiques. J’aimerais, à l’avenir, travailler dans les institutions européennes, en particulier à la Cour de justice ou à la Cour des auditeurs, ce qui me permettrait aussi de m’installer durablement au Grand-Duché.
Quelles sont tes passions et tes engagements ? Je suis passionné de lecture, même si je manque un peu de temps cette année. J’aime particulièrement les romans naturalistes. Sur mes trajets vers l’université ou mon stage, j’écoute souvent des podcasts de philosophie, un domaine qui me plaît beaucoup. Sur le plan sportif, j’ai longtemps pratiqué le tennis, puis j’ai choisi la course à pied, plus compatible avec mon emploi du temps d’étudiant. Je suis aussi très sensible aux questions de réforme de l’État, de transition climatique et de financement du modèle social. Ce sont des enjeux de long terme qui donnent du sens à mon engagement. Que fais-tu en dehors du travail ? En dehors de l’université, je suis actuellement en stage au sein d’une administration publique. C’est une expérience précieuse, car elle me permet de garder un lien concret avec la pratique professionnelle et de donner un sens plus immédiat à ce que j’apprends en cours. J’aime aussi beaucoup sortir prendre un verre avec des amis et rencontrer régulièrement de nouvelles personnes. Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager pour les Français établis à l’étranger ? J’ai vécu environ 70% de ma vie à l’étranger, donc cet engagement me paraît naturel. Il me permet de concrétiser mon envie de servir les Français, et surtout de les représenter. C’est un engagement qui me tient particulièrement à cœur, car je sais qu’on peut parfois ressentir, lorsqu’on vit hors de France, une forme d’éloignement vis-à-vis de la politique et des décisions qui ont pourtant des effets très concrets sur notre quotidien. Le tissu associatif à l’étranger est particulièrement dense : quelle est ta vision pour soutenir et mettre en avant ces initiatives locales ? La richesse de la communauté française à l’étranger repose d’abord sur son tissu associatif. Le rôle des conseillers est aussi de rendre ces initiatives visibles et d’aider chaque nouvel arrivant à s’y intégrer. Cela peut passer par un simple mail d’information envoyé une fois la personne inscrite sur la liste consulaire. C’est une manière concrète de faciliter le lien social et d’aider les associations à toucher plus facilement de nouveaux membres. Que penses-tu de la représentation politique des Français établis hors de France ? Quel devrait être selon toi le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger ? La représentation politique des Français de l’étranger est unique au monde. Vous avez le droit de vote même hors du territoire national, ce qui n’est pas le cas partout, notamment au Luxembourg. Si l’on compare le nombre d’inscrits sur les listes électorales, les Français de l’étranger sont légèrement sur-représentés au Parlement, alors que démographiquement c’est l’inverse. Cela montre l’ampleur du défi. Pour moi, le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger est de recréer un lien de confiance entre les usagers et l’administration française, et de faire en sorte que leurs voix soient entendues. Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Le premier défi concerne l’école. Les nouveaux arrivants sont souvent confrontés à une offre scolaire très variée, mais parfois difficile à lire, entre système luxembourgeois, système français et établissements internationaux. Il faut donc mieux accompagner les familles dans leurs choix. Sur le plan consulaire, les services se modernisent et se digitalisent, ce qui est positif. Mais certaines démarches nécessitent encore de se déplacer en semaine, ce qui manque de souplesse. Enfin, sur les bourses et les subventions, il serait utile de renforcer la transparence des critères et de les ajuster lorsqu’ils ne sont plus adaptés. Quelles différences fondamentales vois-tu entre le Luxembourg et la France ? À quelles choses positives penses-tu que la France devrait davantage s’inspirer ? Le Luxembourg est un pays marqué par sa diversité linguistique et par un fort dynamisme économique et financier. Il dispose aussi d’atouts importants dans le spatial et d’une position géographique centrale en Europe. Vivre à l’étranger permet aussi de mesurer à quel point le rayonnement de la France demeure important. Notre pays est reconnu pour sa culture, sa gastronomie, son histoire et son influence. La France ne doit pas hésiter à valoriser davantage ses atouts et à affirmer sa fierté, comme le Luxembourg sait le faire. Quels sont les atouts du Luxembourg ? Le Luxembourg combine la diversité, l’ouverture et l’efficacité. C’est un pays à taille humaine, particulièrement attractif pour les familles comme pour les jeunes actifs. Sa richesse multiculturelle, sa place en Europe et son environnement économique en font un territoire singulier, où il est possible de construire des parcours de vie très internationaux. C’est aussi un pays où l’on sent une vraie attention portée à la proximité et à la qualité des services. Quels sont tes lieux favoris au Luxembourg ? À Bertrange, j’ai la chance d’habiter près de la forêt d’Ënneschte Bësch. J’adore cet endroit, car j’y vais courir et m’y ressourcer en plein air. J’aime aussi beaucoup la bibliothèque municipale de Luxembourg-Ville, où je vais travailler pour l’université. C’est un lieu calme, moderne et agréable, ce qui fait parfois défaut à Sciences Po Strasbourg, où toutes les prises électriques ne fonctionnent pas toujours dans la bibliothèque. Comment imagines-tu ta vie dans le futur, au Luxembourg ou ailleurs ? Après mes études, j’aimerais travailler sur des sujets liés à la concurrence ou à l’efficacité de la dépense publique. J’ai notamment effectué un stage à la Chambre régionale des comptes Grand Est, une expérience qui m’a beaucoup marqué. J’aime l’évaluation des politiques publiques et l’analyse de l’utilisation des fonds publics. Mais je reste aussi très intéressé par le droit européen, et donc par le système judiciaire européen. J’espère pouvoir m’installer durablement au Luxembourg pour travailler à la Cour de justice de l’Union européenne ou à la Cour des auditeurs. À défaut, je pourrais aussi envisager les concours de la fonction publique d’État pour travailler à Paris. Que penses-tu de la situation politique actuelle en France ? La situation politique en France est aujourd’hui dans une impasse. Je regrette qu’aucune réforme d’ampleur ne soit véritablement discutée, alors que le pays en aurait besoin, que l’urgence climatique appelle des transformations profondes et que le contexte international devient de plus en plus incertain. Les récents résultats électoraux traduisent aussi une forme de déception des Français à l’égard de la classe politique. J’espère qu’un nouvel élan d’espoir pourra rapidement émerger. Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ? Je lis beaucoup l’actualité, je participe à la vie de la communauté des Français de l’étranger et mes études me permettent de conserver un lien fort avec la France. Ce lien est important pour moi, car il nourrit mon engagement et mon envie d’être utile à celles et ceux qui vivent hors de France.